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Rencontre avec les valeurs authentiques de la bio – Le projet Sekem en Egypte

Il y a des lieux qui ne vous laissent pas indifférents, certains reviendront transformés de leur rencontre avec le désert, d’autres resteront longtemps imprégnés du dynamisme de Singapour… J’avais pour ma part choisi d’aller voir le projet SEKEM en Egypte l’année dernière. Au-delà de la balade touristique, cette visite s’est finalement avérée être une rencontre avec les valeurs authentiques de la bio ; efficaces, solidaires, modestes et…. visionnaires.

Dans un contexte de «greenwashing» où la moindre marque se pare des valeurs empruntées à l’agriculture biologique, où les voitures deviennent – par un coup de baguette marketing magique – des objets presque moins polluants que les vélos et où les opportunistes de tout bord ayant découverts les enjeux de la bio il y a quelques années seulement se présentent maintenant comme «pionniers» du mouvement, – un réajustement s’impose.

C’est à titre personnel que j’ai voulu passer quelques jours sur place avant de descendre vers la presqu’île du Sinaï; paysages magnifiques entre mer et désert où il fait bon passer des journées entières affalé dans des coussins de pacha à boire des jus de fruits frais…Lorsque j’arrive le soir à l’aéroport du Caire, je retrouve la sensation de cette ville qui grouille et ne dort jamais. Une mégalopole difficile à appréhender en quelques jours, surtout en été quand la pollution bat son plein. J’avais annoncé ma visite, un taxi m’attend à l’arrivée avec la pancarte SEKEM et m’amène à Belbeis, situé à une heure du Caire. Je retrouve également les poussées d’adrénaline face au trafic égyptien et au style de conduite plutôt imprévisible de la plupart de chauffeurs de taxi.


La symbolique de la maison ronde ou « comment faire fleurir ses projets dans le désert »
Quand j’arrive au gîte, la «guesthouse» de Sekem destiné aux visiteurs, je suis déjà sous le charme. La maison ronde bordée de bougainvilliers est construite autour d’un patio, un magnifique figuier planté au milieu. Une structure plus grande existe à proximité pour accueillir des groupes de visiteurs.
 Le gîte a d’ailleurs une valeur presque symbolique, c’était la première maison construite par le fondateur de Sekem, Ibrahim Abouleish en 1977 lorsqu’il rachète un morceau de désert au nord du Caire, proche du canal d’Ismalia. Après des études de médecine et de chimie à Graz en Autriche, Ibrahim Abouleish travaille quelque temps dans la recherche pharmaceutique en Europe.

En 1975, il décide de revenir à ses sources et démarre ce projet communautaire avec sa femme, ses deux enfants et quelques amis. L’idée est simple et très ambitieuse à la fois ; développer un projet communautaire autour de l’agriculture biodynamique en Egypte, tout en oeuvrant pour le développement économique de la région et du pays. Sekem signifie «la vitalité du soleil», symbole qui rythme le quotidien des égyptiens depuis toujours. Il faut savoir composer avec sa force pour développer un projet d’agriculture dans un contexte environnemental plutôt défavorable.
Ce bout de terre aride dans le désert est devenu un projet résolument exemplaire qui emploie aujourd’hui plus de 2000 personnes et qui inclut des activités aussi diverses que l’élaboration de tisanes bio, de textiles en coton bio, l’exportation de fruits et de légumes bio, des centres de formations professionnels, une école, un centre médical dont profite toute la région. Une partie importante (autour de 50 %) des ventes se réalisent en Egypte même, ce qui renforce également la pérennité du projet.
Sekem est également à l’origine de différentes structures de santé et d’éducation, notamment en partenariat avec des assistantes sociales qui travaillent dans le milieu rural des alentours. Le projet Sekem bénéficie également d’un soutien actif à l’étranger, quelques bâtiments, comme celui du centre médical notamment, ont pu être financés grâce au soutien de médecins allemands. Mais le rêve initial et le courage nécessaire du début restent l’honneur et le mérite de  Monsieur Abouleish (prix Nobel alternatif de 2005) qui impose sa vision et son projet avec beaucoup de ténacité, de respect … et d’humilité.

Lors de mes visites, j’ai pu rencontrer d’autres ‘pionniers’, des personnes qui ont quitté l’Allemagne il y a quelques décennies pour rejoindre le projet; c’est le cas d’Yvonne et de son mari Christophe qui au départ avaient surtout envie de donner un coup de pied dans la fourmilière du quotidien pour s‘associer à un véritable projet de développement. Leurs enfants ont finalement grandi sur place, suivi le cursus scolaire de Sekem et adopté la culture égyptienne. Le premier jour de la visite, j’ai pu faire le tour de la société Lotus qui commercialise épices, aromates et plantes séchées, tous certifiés bio DEMETER. Dès l’entrée, je suis agréablement surprise par l’espace, la lumière et les volumes accordés au bâtiment. Ayant vécu en Allemagne, je reconnais «la patte» des architectes  inspirés par la philosophie de Rudolph Steiner. Bien plus qu’un simple hall d’accueil, l’endroit devient représentatif des valeurs portées par Sekem. Une odeur subtile de fenouil et de citronnelle flotte dans l’air. Une partie de la fabrication de Lotus part à l’étranger et les grandes marques du secteur des épices bio comme «Lebensbaum» sont clients de Sekem depuis des décennies.

Une démarche locale et globale qui fait sens
Lors du deuxième jour, j’ai pu faire le tour de la société CONYTEX et de ses ateliers de confection de vêtements en coton bio. De nombreuses femmes de la région travaillent dans ces ateliers qui confectionnent des vêtements pour bébés, des poupées et quelques vêtements pour adultes. Des partenariats durables avec des enseignes en Allemagne et aux Etats-Unis permettent de proposer des collections dessinées par les designers des marques.

Les salaires dans les entreprises de Sekem ne sont pas forcément plus élevés qu’ailleurs, mais l’emploi s’inscrit ici dans une démarche globale; repas subventionnés, possibilité de bénéficier des soins du centre médical, formation continue, cours d’alphabétisation. Une fois par mois, chaque entreprise a la possibilité de poser des questions à Ibrahim Abouleish, qui y répondra lors d’un meeting organisé spécifiquement pour l’entreprise. Difficile de faire mieux en terme de participation collective….
Ce jour-là, j’ai également pu assister à un spectacle de l’école; chants, danse, musique, théâtre, l’expression artistique sous toutes ses formes fait partie intégrante du cursus scolaire et les enfants y participent visiblement avec grand plaisir. Dommage que mes quelques cours d’arabe à la fac n’aient pas suffi pas pour comprendre les spectacles, car les plus petits des premiers rangs se tordent de rire à certains passages. Sans vouloir jouer la carte du «tout va bien dans un monde merveilleux…» l’énergie que dégage ce projet est particulièrement palpable à ce moment-là.

L’aventure des tisanes ISIS
La marque ISIS propose des tisanes bio élaborées chez Sekem, et lors du voyage qui suivra, elles m’accompagneront comme un fil rouge. Dans tous les lieux où je vais en Egypte, dans les épiceries des villages, dans les cafés des grandes villes, je vais retrouver des produits ISIS, du miel, du café et surtout ces fameuses tisanes, qui me seront même proposées à la dernière échoppe du sommet du Mont Sinaï.
Un clin d’oeil à une aventure qui se poursuit…

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